Kinésithérapie et soins des cicatrices 

article rédigé par Yuki RIEZOUW 

kinésithérapeute spécialisée en rééducation des cicatrices

 

Suite à toute lésion de la peau, survient la formation d’une cicatrice. 

Cette lésion peut être due à différents facteurs :

    • La chirurgie : Chaque fois qu’un chirurgien est obligé de couper la peau pour opérer, cela induit un processus de cicatrisation secondaire à la coupure.
      Quasiment toutes les chirurgies sont concernées par ce processus :
        • par exemple la chirurgie esthétique (plus de 1400 opérations par jour en France en 2018),
        • la chirurgie post traumatique,
        • la chirurgie de tumorectomie (un homme sur deux et une femme sur trois se verront diagnostiquer un cancer avant l’âge de 85 ans),
        • la chirurgie de reconstruction mammaire (environ une femme sur 4 opte pour une reconstruction suite à une mastectomie),
        • les césarienne (plus de 20% des accouchements),
        • la cœlioscopie (ou laparoscopie) etc…
    • La coupure : En cas d’une coupure relativement importante, le médecin va devoir intervenir (pose de points de suture, colle chirurgicale, agrafes). Toutes les coupures aboutissent à la formation d’une cicatrice sans exception.
    • La brûlure : quel que soit le degré de brûlure constaté (du 1er degré, le simple « coup de soleil », jusqu’au 3ème nécessitant obligatoirement une chirurgie), un avis médical pour la prise en charge de la lésion est conseillé voir impératif.

La cicatrisation

Il faut compter environ un an avant qu’une cicatrice se stabilise et permette à la peau de reprendre ses fonctions de manière optimale. En effet, cet organe si particulier possède des rôles multiples, parmi lesquels :

    • Un rôle de barrière et donc de protection contre le milieu extérieur
    • Un rôle de réception de messages de pression, sensoriels et thermiques
    • Un rôle de régulateur de température corporelle
    • Un rôle essentiel dans le maintien de l’hydratation corporelle (la peau contient environ 20% de la totalité de l’eau de l’organisme)
    • Un rôle dans le schéma corporel (la peau aide à percevoir le corps dans l’espace)

Il est donc important que la réparation se passe au mieux car la perturbation de chacune de ces fonctions peut entraîner des problèmes.

De plus, certaines cicatrices sont plus profondes, touchant ainsi les organes sous-jacents qui devront à leur tour retrouver leurs fonctions sur la zone lésée.

Au-delà de l’aspect fonctionnel, il ne faut pas oublier l’aspect esthétique. Lorsque toutes les phases de la cicatrisation se déroulent au mieux, la marque finale ne devrait pas être plus importante qu’un fin coup de crayon, quasiment invisible.

Afin d’obtenir un résultat optimal, l’intervention d’un kinésithérapeute pour travailler la cicatrice et l’améliorer est souvent nécessaire.

Quelles sont les pathologies cicatricielles les plus communes ?

  •  Les cicatrices fibrosées.
    Chaque cicatrice va fibroser, ce n’est donc pas à proprement parler un processus pathologique. Il s’agit de l’aspect durci que va prendre la zone lésée. Bien que ce soit tout à fait physiologique, il faut casser la fibrose pour assouplir la cicatrice et obtenir une structure la plus proche possible du tissu originel. 
  • Les cicatrices chéloïdiennes (hypertrophiques/chéloïdes)
    Il faut bien distinguer les « cicatrices chéloïdes vraies » des « cicatrices hypertrophiques », qui font toutes les deux partie de la catégorie des « chéloïdienne ».
    La chéloïde vraie est la conséquence d’une altération génétique rare qui va nécessiter une (voire plusieurs) intervention chirurgicale. C’est un phénomène qui va se manifester à chaque lésion de la peau dès l’âge de 18 mois (à l’exception de la plante des pieds, la paume des mains, les paupières et les parties génitales). L’organisme ne parvient pas à arrêter la formation de tissu cicatriciel et la lésion initiale prend un aspect de « chou-fleur », rouge, gonflé et extrêmement douloureux.
    L »hypertrophique, si elle présente aussi certaines des caractéristiques évoquées ci-dessus (rougeur, gonflement, douleurs) reste, quant à elle, dans la ligne de la lésion initiale. Elle est beaucoup plus fréquente, et a pour conséquence une cicatrice élargie sur le long terme. Une fois élargie elle ne pourra être rattrapée esthétiquement que par une nouvelle chirurgie. De plus, elle va mettre beaucoup plus longtemps à se stabiliser (18 à 24 mois).
    Il existe plusieurs facteurs favorisant l’apparition d’une cicatrice hypertrophique, dont les plus importants sont :
    • La génétique (antécédents familiaux)
    • Le jeune âge
    • Les perturbations hormonales (puberté, grossesse, allaitement, ménopause…)
    • La localisation de la lésion (lobe d’oreille, articulation, sein…)
    • La coloration de la peau (plus la peau est foncée, plus le risque est important)
    • La pratique sportive
    • Une température extérieure élevée

Il faut, dans le cas d’une hypertrophique, intervenir au plus vite afin d’obtenir une cicatrice la plus fine possible.

  • Les cicatrices rétractiles
    Lorsque la cicatrice est trop courte par rapport à la lésion initiale, on parle de cicatrice rétractile. Elle va s’invaginer et attirer vers elle les tissus sains aux alentours. Il existe ce qu’on appelle des lignes de tension de la peau. Lorsque la lésion (traumatique ou chirurgicale) est faite le long de ces lignes, il y a très peu de risque de créer une cicatrice rétractile. Dans le cas contraire, si ces lignes de tension ne sont pas respectées , ce risque augmente de façon exponentielle. Il est impératif d’agir dessus très rapidement car l’évolution est bien souvent défavorable.
  • Les cicatrices adhérentes
    La peau étant composée de plusieurs couches, il faut que celles-ci puissent se mouvoir relativement indépendamment les unes des autres, mais aussi que la peau puisse bouger sans que cela impacte directement les tissus sous-jacents. Lorsqu’on perd cette mobilité en partie ou dans sa totalité, on parle de cicatrice adhérente. Elle prend elle aussi un aspect invaginé mais contrairement aux cicatrices rétractiles, elle ne va pas attirer la peau saine aux alentours. Il faut alors agir pour retrouver la mobilité entre les plans profonds et superficiels.
  • Les cicatrices dyschromiques
    Tant qu’une cicatrice n’est pas stabilisée, les mélanocytes (cellules responsables de la coloration de la peau) vont se comporter de façon totalement aléatoire. Si au cours de cette période la lésion est exposée au soleil, elle va très probablement conserver une coloration plus foncée que le tissu d’origine. C’est pour cela qu’il est important de préserver une cicatrice du soleil durant la première année suivant la lésion (voire plus longtemps en cas de cicatrisation hypertrophique).
  • Les vergetures
    Les vergetures ne sont pas des cicatrices. Par conséquent, les techniques employées pour améliorer les cicatrices sont totalement inefficaces. On peut diminuer au maximum leur apparition en nourrissant bien la peau et en évitant les trop grandes perturbations de poids.
  • Les cicatrices polypathologiques
    Malheureusement, les cicatrices ne présentent pas toujours une seule pathologie isolée comme évoqué ci-dessus. Plus une cicatrice est de grande taille, plus son risque de présenter plusieurs pathologies est élevé (on parle à ce moment là de cicatrice « polypathologique »).

La kinésithérapie

Chaque cicatrice nouvelle est une indication à la kinésithérapie, mais on peut aussi intervenir sur des cicatrices plus anciennes. Par exemple, la plus ancienne que nous avons pu améliorer au cabinet datait d’une opération réalisée 27 ans auparavant. Le patient présentait des difficultés à la déglutition liée aux suites cicatricielle d’une chirurgie de la thyroïde. Ce problème a entièrement disparu après seulement 2 séances de soins spécialisés en kinésithérapie sur la cicatrice.

L’intervention d’un kinésithérapeute permet d’optimiser la structure, la fonction et l’esthétique des cicatrices. Pour ce faire plusieurs techniques sont employées, adaptées à chacun. Elles être manuelles ou instrumentales. Parmi celles-ci, on peut citer les suivantes :

  • Le pétrissage, en alternant des temps forts et des temps faibles, sert à casser les fibroses,
  • Le palpé-roulé vient mobiliser les différentes couches cutanées les unes par rapport aux autres pour lutter contre les adhérences,
  • L’étirements passif, avec un maintien de l’étirement en douceur, travaille contre l’hypertrophie,
  • L’étirement dynamique permet d’améliorer les cicatrices rétractiles et les cicatrices fibrosées,

En fonction du bilan et du stade de la cicatrice on privilégiera les méthodes manuelles ou l’utilisation d’appareil type Cellu M6® (cabinet équipé de la dernière génération Alliance médical plus). Il s’agit de têtes motorisées à clapet ou à rouleaux (ou une combinaison des deux), ou de têtes non motorisées à rouleaux. Les têtes non-mororisées à rouleaux permettent de jouer sur la puissance, la fréquence d’aspiration, la vitesse et le sens des mouvements. Pour les têtes motorisées d’autres variables viennent s’ajouter: vitesse et fréquence des clapets, sens et vitesse des rouleaux.

En plus des techniques de kinésithérapie, nous pouvons aussi vous conseiller dans le choix des produits pharmaceutiques adéquats pour les cicatrices. Si certaines crèmes sont excellentes pour favoriser les premières phases de cicatrisation, elles vont s’avérer délétères si on les utilise trop longtemps. Inversement, certaines crèmes appliquées trop tôt vont empêcher la plaie de se refermer. De même, les protections solaires ne sont pas toutes équivalentes (un écran total ne permettra pas forcément de prévenir une dyschromie permanente). Il existe également plusieurs types de compressions pour les cicatrices adaptées à chaque situation le nécessitant.

Dans tous les cas, nous sommes là pour répondre à vos questions et, si besoin, vous réorienter vers d’autres professionnels de santé pour compléter votre prise en charge.

* Attention : la kinésithérapie des cicatrices n’est pas prise en charge par la sécurité sociale

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